Les complexités du fédéralisme

N'interrogez pas les Suisses sur la scolarité ou sur la fiscalité dans leur pays. Ils pourront tout au plus vous décrire la situation dans leur commune ou dans leur canton. Mais changez de commune ou de canton, et et il en sera autrement.

Exemple typique : le système scolaire. Suivant la commune, on va au jardin d'enfants durant un, deux ou trois ans. L'école primaire, dans le canton de Bâle-Ville, dure 4 ans. Dans celui d'Argovie, 5 ans, et dans celui de Zurich, 6 ans. Or, il suffit d'une heure de train pour traverser ces trois cantons. Si une famille change de domicile, les enfants utiliseront peut-être d'autres manuels scolaires, et peut-être devront-ils aussi parler une autre langue. Ici, le samedi, on va à l'école. Là, non. A certains endroits, les vacances commencent plus tôt ou plus tard, et les parents paieront moitié moins ou moitié plus d'impôts. Quant aux enseignants, avocats ou médecins, ils doivent obtenir une reconnaissance cantonale de leur titre, car l'école, la justice et la santé sont du ressort des cantons, et non pas du gouvernement central.

Etant donné l'évolution économique et politique de ces dernières années, nombre de ces différences locales sont maintenant perçues comme des obstacles. Les travailleurs sont plus mobiles et les entreprises ont considérablement élargi leurs secteurs d'activités. Pour cette raison et conformément à la politique de régionalisation de l'Union européenne - même si la Suisse n'en est pas membre - les autorités fédérales ont, en 1999, regroupé les cantons en sept grandes régions, chacune étant rattachée à un centre urbain spécifique.

Les régions seront encouragées à harmoniser leurs activités dans des domaines comme les affaires gouvernementales, les médias, les transports et les communications, ainsi que le commerce, la culture et le sport.

Depuis quelques années, la Confédération se charge de tâches toujours plus nombreuses, chose qui s'avère nécessaire pour résoudre les problèmes et les obligations d'une société moderne. Qu'il s'agisse de la protection de l'environnement, des transports et des assurances sociales. Mais les cantons romands qui redoutent de subir encore un peu plus la loi de la majorité alémanique voient cela avec scepticisme.

Les modes de scrutin des référendums ont révélé de grandes différences de comportement entre francophones - et dans une certaine mesure, entre italophones d'une part et germanophones d'autre part. Dans les années 80, les divergences sur les questions relatives à l'écologie et au transport, et les désaccords en matière de politique étrangère et d'ouverture au monde sont devenus évidents. Les francophones qui ont voté en faveur de l'adhésion à l'Espace économique européen en 1992, mesure rejetée par la majorité des germanophones, sont également, par tradition, des adeptes fervents de l'entrée de la Suisse dans l'UE.

Le fossé qui s'est creusé sur les questions sociales est apparu clairement : beaucoup plus nombreux sont les électeurs de l'ouest de la Suisse à plébisciter des mesures comme des allocations de maternité ou la baisse de l'âge de la retraite, demandes qui ont été rejetées par les germanophones lors des récents référendums.

Dans une démocratie, c'est la majorité qui l'emporte. Et les Suisses dans leur majorité vivent en Suisse alémanique.

En Suisse, les frontières des communautés linguistiques ne coincident pas avec les frontières politiques ou religieuses.

Certains débats politiques épineux tels qu'une nouvelle loi sur l'avortement divisent les citoyens en fronts très disparates. On voit, rassemblées dans l'opposition, les populations catholiques du Tessin, de Suisse romande et de Suisse alémanique. Car les différentes sensibilités politiques ne font que peut de cas des frontières linguistiques. Bien souvent aussi, la population des campagnes se démarque des populations urbaines.

Les frontières linguistiques ne sont ni géographiques ni culturelles. Elles traversent parfois des villages qui se réunissent pour les mêmes fêtes, ou même des maisons tout à fait semblables, ou même encore des villes qui ont pourtant une histoire commune séculaire. La Suisse existe parce que les frontières et les intérêts se recoupent. Les Suisses ont conscience qu'ils ne peuvent exister et préserver leur souveraineté qu'en restant soudés.

Dernière mise à jour de cette page le 12/01/2008

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
Concert - Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web